C'est une affaire qui symbolise à elle seule la brutalité du rapport de force entre pouvoir et opposition en Guinée. Ce 13 février 2025, la Cour suprême a rendu son verdict : les résidences de Sidya Touré et Cellou Dalein Diallo ne leur appartiennent plus. Rideau sur trois années d'une bataille judiciaire qui n'aura, au fond, été qu'une longue agonie.
Les juges ont tranché. Les décrets d’attribution des biens sont invalidés, jugés illégaux. L’ultime espoir des deux anciens Premiers ministres s’est évaporé d’un trait de plume, laissant place à un constat implacable : l'État a gagné. Mais à quel prix ?
Cette affaire s’inscrit dans la droite ligne de l’opération de « récupération des domaines de l’État », lancée en 2022. Officiellement, il s’agissait de remettre de l’ordre, de restaurer la légalité. Dans les faits, cette croisade a surtout visé des figures politiques majeures, dont les torts sont moins juridiques que symboliques. L’enjeu n’est pas seulement foncier, il est politique.
Car au-delà des murs de ces maisons, c'est une page de l’histoire politique guinéenne qui se tourne. Ces demeures étaient plus que de simples biens immobiliers : elles incarnaient des parcours, des combats, des espoirs. Elles ont vu naître des stratégies, s’organiser des résistances. Aujourd’hui, elles sont redevenues des bâtiments vides, aux portes verrouillées, comme pour mieux signifier l’exclusion de leurs anciens occupants.
Sidya Touré et Cellou Dalein Diallo ne peuvent que constater la défaite. Leur recours en justice, ultime baroud d’honneur, s’est heurté à une réalité implacable : dans ce bras de fer, l’indépendance judiciaire est un concept bien fragile. Ce verdict rappelle que le droit, en Guinée, est une matière à géométrie variable, maniée avec habileté par ceux qui détiennent les clés du pouvoir.
Que restera-t-il de cette affaire ? Un avertissement pour ceux qui, demain, oseraient défier l’autorité ? Une piqûre de rappel sur la vulnérabilité des opposants dans un pays où la justice semble souvent pencher du côté du plus fort ? En tout cas, une certitude demeure : en Guinée, les murs ont des oreilles, mais surtout, ils ont une mémoire.
Malick J Soumaoré, juriste